L’ocytocine et les traits de personnalité

Nos comportements sont le résultat d’une interaction complexe entre nos gènes et plusieurs variables environnementales (éducation, mode de vie, culture).

Plusieurs études récentes suggèrent que des variations génétiques dans nos systèmes hormonaux pourraient exercer une influence sur certains aspects de la personnalité humaine.

C’est notamment le cas de l’ocytocine, une hormone qui joue un rôle important dans plusieurs aspects de notre sociabilité.

Ces études indiquent que l’ocytocine favorise le développement de qualités comme la confiance, la générosité, l’empathie ou encore le sacrifice de soi, tout en atténuant la réponse physiologique au stress et à l’agressivité de façon à rester calme lorsque confronté à une alarme.

Il s’agit donc d’une hormone de contact humain, impliquée dans plusieurs phénomènes sociaux comme les relations des mères avec leurs petits, ou encore la solidarité ou l’altruisme à l’intérieur d’un groupe.

Les actions de l’ocytocine

L’ocytocine est un octopeptide synthétisé dans l’hypothalamus qui permet entre autres de stimuler l’émission de lait ainsi que les contractions utérines. Cette hormone se comporte dans le cerveau comme un neuropeptide. Elle pourrait inhiber, via le système GABAergique, l’activité de l’amygdale limbique, qui est impliquée dans la détection de la peur. Parallèlement, elle favorise le comportement protecteur de la mère envers ses petits, via le système dopaminergique. Chez l’homme, on a mis en évidence l’effet de l’ocytocine sur la confiance, l’empathie, la générosité, la sexualité, le lien conjugal et social, et la réactivité à divers stress.

Rémy C. Martin-Du Pan, « L’ocytocine : hormone de l’amour, de la confiance et du lien conjugal et social », Revue médicale suisse, 2012, volume 8, p. 627-630.

 

Chez l’homme, l’administration d’ocytocine par vaporisateur nasal (Syntocinon, 24 UI) permet d’augmenter rapidement le taux de ce peptide dans le liquide céphalo-rachidien et d’observer des effets mesurables sur le comportement moins d’une heure après. L’hormone est bien tolérée et n’induit pas d’effets secondaires. Les études rapportées ci-dessous ont toutes comparé l’effet de l’ocytocine à un placebo, généralement lors d’une administration unique. À quelques exceptions près, aucune étude n’a étudié l’effet d’une administration prolongée (plus de trois semaines).

 

Autisme et dépression

Des études cliniques commencent à tester l’effet bénéfique possible de l’ocytocine dans des cas d’autisme, de phobie sociale et de dépression. Toutefois, les résultats sont encore préliminaires.

Un vaporisateur nasal d’ocytocine pour réduire les symptômes de l’autisme ? C’est la stratégie thérapeutique testée avec un certain succès par une équipe du Brain and Mind Centre de l’Université de Sydney (Australie), qui publie ses résultats dans la revue Molecular Psychiatry. Cela fait plusieurs années que les chercheurs considèrent que les troubles comportementaux qui nuisent aux relations sociales des personnes atteintes du trouble du spectre autistique (TSA) sont en partie dus à un déficit d’ocytocine.

 

Hormone « antistress » dans les interactions sociales

Selon Martin-Du Pan, l’ocytocine inhibe l’élévation d’ACTH (adrénocorticotrophine) et de cortisol induite par l’hypoglycémie sous insuline et par l’injection de vasopressine (hormone de stress qui stimule la sécrétion de corticolibérine). Par ailleurs, l’ocytocine réduit l’anxiété et les stress survenant lors des interactions sociales. Elle freine la sécrétion de cortisol, qui est élevée dans certaines situations, notamment chez des sujets ayant vécu une séparation précoce de leur mère, lors de conflits dans le couple ou de rejet d’un étudiant par son groupe, par exemple. Elle pourrait donc être un médiateur de l’effet inhibiteur sur les stress du support social et contribuer à augmenter le sentiment d’empathie chez les hommes, ainsi que la confiance en soi chez des étudiants peu sûrs d’eux.

De plus, selon une étude canadienne publiée dans la revue Psychopharmacology par Cardoso et Ellenbogen (2014), l’administration d’ocytocine améliorerait la perception de soi dans une situation sociale.

 

Hormone de la reconnaissance des visages et de la confiance

Si l’on présente des visages à des sujets normaux, l’administration d’ocytocine augmente la probabilité que leur regard se dirige vers les yeux parmi toutes les parties du visage permettant la reconnaissance des visages. Une observation comparable a été faite chez des enfants autistes, qui ont tendance à éviter les regards. Après la présentation d’une série de visages neutres, joyeux ou en colère, elle augmente le souvenir sélectif des visages joyeux. Elle atténue l’activation de l’amygdale survenant lors de la présentation de visages gais, tristes ou en colère.

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