Dépistage précoce des troubles des fonctions exécutives chez l’enfant

Dépistage précoce des troubles des fonctions exécutives chez l’enfant

Adaptation d’un texte de :

Dre Anne Postel-Vinay, Institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés.

Chez l’enfant, il ne faut pas confondre immaturité et dysfonctionnement neurologique (ou trouble des fonctions exécutives). Les enfants en bas âge (jusqu’à 4 ou 6 ans) ont des comportements de type « frontal », car les lobes frontaux ne sont pas encore tout à fait matures. Le cerveau développe par ailleurs ses réseaux d’avant en arrière, les lobes occipitaux permettant la maturation des aires visuelles en premier. Il est donc normal qu’un enfant soit impulsif à l’âge de 3 ans et qu’il le soit moins à partir de 7 ans.

Quels sont les symptômes chez l’enfant ?

Les symptômes d’un dysfonctionnement neurologique sont variables d’un enfant à l’autre, autant en ce qui concerne le type de trouble que la manifestation de son intensité. Les symptômes décrits ci-dessous sont caractéristiques des enfants éprouvant de grandes difficultés et ne peuvent refléter que de manière très imparfaite les difficultés des enfants ayant des troubles moins prononcés.
Comme pour d’autres difficultés développementales, les dysfonctions exécutives demandent à l’enfant un effort supplémentaire afin de compenser ses difficultés. Il en résulte une fatigue supplémentaire. Ces difficultés sont de plus présentes tout autant dans sa vie scolaire que dans sa vie familiale.

Il s’agit :

1) d’un déficit de la planification d’une stratégie ;

L’enfant a du mal à identifier un objectif justifiant son action et à s’organiser pour l’atteindre, d’autant plus quand il est confronté à cette situation pour la première fois (ex. : mettre le couvert avant un repas, résoudre un exercice à l’école).

2) d’une limitation de la mémoire de travail ;

L’enfant ne parvient pas à garder à l’esprit toutes les tâches à accomplir pour mener à bien son action (ex. : il oublie de prendre les fourchettes dans le tiroir lorsqu’il met le couvert).

 

3) de difficultés à s’adapter à son environnement et aux changements ;

Les schèmes et environnements familiers sont rassurants. Par contre, dès que ses repères ou son activité doivent changer, l’enfant est perdu. Il n’arrive alors plus à concentrer son attention sur la tâche en cours, ou bien il a de la difficulté à poursuivre son activité précédente. Il peut également être inflexible quant à certaines de ses opinions ; il a de la difficulté à changer d’avis.

 

4) de difficultés à réprimer des comportements automatiques.

L’enfant peut paraître impulsif et impatient dans son comportement et ses paroles, puisqu’il réagit de manière stéréotypée aux stimulations extérieures. Face à une même situation, il agira toujours de la même façon, que cela soit adapté au contexte ou non. L’enfant peut ainsi persister dans ses erreurs malgré lui. Par exemple, s’il a appris à traverser la rue lorsque le feu de signalisation est vert, il suivra cette consigne à la lettre, que les voitures s’arrêtent ou qu’elles circulent toujours à vive allure.

Quelles sont les conséquences sur la vie scolaire et l’apprentissage de l’enfant ?

 

Les dysfonctions exécutives diminuent de manière importante la capacité de l’enfant à réaliser des tâches scolaires, à résoudre des problèmes et à s’adapter aux exigences du milieu scolaire, et ce, quelles que soient ses autres capacités cognitives. Les symptômes étant d’ordre intellectuel, ils sont parfois méconnus ou pris pour de la mauvaise volonté de la part de l’élève, augmentant d’autant la souffrance de l’enfant.

 

Cela se traduit en classe par :

1) un manque d’initiative (déficit de la planification d’une stratégie) souvent pris pour de la paresse ou un manque de motivation ;

L’élève ne comprend pas la consigne donnée par l’enseignant, et, face à l’énoncé d’un problème, ne sait pas s’organiser pour y répondre (ex. pour un problème de géométrie, il est devant son cahier avec une règle et un compas, mais il ne sait pas dans quel ordre utiliser ces outils pour répondre à la question). L’élève peut alors paraître dissipé, puisque, ne pouvant résoudre le problème posé, il se trouvera une autre occupation. Poser une question à l’enseignant pour demander de l’aide sur l’exercice en cours est également difficile, car cela requiert d’identifier l’objectif (réaliser finalement l’exercice) et de planifier une stratégie (lever le doigt, énoncer la question, suivre les recommandations de l’enseignant).

Pour y rémédier :

L’élève sera aidé si l’enseignant formule un but et l’aide à planifier la tâche. Il faudrait également :

1.1 donner un signal de départ pour une activité, voire assister l’élève pour qu’il commence l’activité ;

1.2 donner un plan de travail avec des tâches précises à accomplir. La dernière tâche du plan devrait être de consulter l’enseignant ;

1.3 s’assurer que l’élève ne reste pas dans une impasse en répétant constamment la même erreur.

 

2) une limitation de la mémoire de travail pouvant s’exprimer par un déficit de l’attention ;

En effet, la mémoire de travail permet de garder à l’esprit les éléments clés d’un énoncé. Par exemple, pour faire la synthèse de plusieurs textes, il faut garder à l’esprit les messages principaux de chacun des textes. Pour résoudre un problème de mathématiques, l’élève garde dans sa mémoire de travail un résumé des points essentiels de l’énoncé ainsi que les étapes à suivre pour arriver à la solution. L’élève dont la mémoire de travail est limitée ne parvient pas à mémoriser toutes ces informations, d’autant plus si elles proviennent de supports différents (paroles de l’enseignant, textes, cartes et figures, la propre mémoire à long terme de l’élève).

Pour y rémédier :

L’enseignant devra parler de manière simple et concise, donner les consignes une à une et s’assurer que l’élève a bien compris.

Il ne faudrait pas donner à l’élève deux tâches concurrentes à exécuter. Ainsi, il vaudrait mieux lui demander d’écouter plutôt que de prendre des notes. Il faudrait donc prévoir des photocopies pour remplacer les notes.

Certains élèves pourraient être en difficulté si l’enseignant utilise plusieurs supports pédagogiques en même temps (ex. : une carte du monde et des graphiques couplés à une explication orale)

3) un manque de flexibilité mentale pouvant être confondu à tort avec de l’entêtement ;

L’élève présente des difficultés lors de changements dans sa routine (changement inopiné de salle de classe, changement de la couleur des pages de son cahier) ou lors d’un changement d’activité (il aura alors tendance à poursuivre l’activité précédente). Il éprouve aussi des difficultés à changer ses idées et à éviter de répéter ses erreurs, même après avoir reçu des explications.

 Pour y rémédier :

La vie scolaire de l’enfant devrait être aussi routinière et encadrée que possible afin de lui éviter les distractions et de focaliser toute son attention sur les acquisitions scolaires à faire. Idéalement, l’enfant aurait un emploi du temps lui permettant de connaître le programme de la semaine et suivrait ses cours toujours dans la même classe, à la même place.
Puisqu’une personne inflexible peut se sentir attaquée si on tente de lui faire modifier sa position, il est important de procéder avec douceur. Avant d’intervenir auprès du jeune, il importe de toujours lui donner l’assurance que nous sommes de son côté et d’écouter sa version des faits. Il faut en outre recevoir ses plaintes et les confronter doucement à la réalité. Il sera aussi souvent nécessaire de lui faire prendre conscience que les autres n’ont pas de raison d’être contre lui.

4) un déficit du contrôle de l’inhibition.

Le comportement et les réponses apportées par l’enfant sont inappropriés au contexte. Face à une question ou à une situation, l’élève répond impulsivement sous forme d’automatismes certes en rapport avec des éléments de la question, mais hors contexte. Par exemple, à la question : « Quelle est la couleur du Schtroumpf noir ? », il répondrait : « Bleu. », puisqu’il est évident pour lui que les Schtroumpfs sont bleus.

Ce manque d’inhibition peut également conduire à des comportements inadaptés lorsqu’il amène l’enfant à réaliser de manière impulsive toujours la même action à la suite d’un même stimulus, quel que soit le contexte (ex. : lancer systématiquement un ballon sur quelqu’un, que le jeu soit celui du ballon-chasseur ou du football). Ce problème de déficit de l’inhibition peut également troubler les relations garçon-fille, puisqu’un garçon ayant un dysfonctionnement exécutif pourrait, par exemple, systématiquement s’approcher des filles pour s’immiscer dans leur conversation ou les gratifier d’accolades, consenties ou non. Ce type de comportement peut conduire l’élève à l’isolement, puisqu’il ne peut s’adapter facilement ni aux règles de convenances sociales ni aux situations toujours changeantes des jeux en équipes, par exemple.

Pour y rémédier :

Il faudrait assister l’enfant pour passer d’une activité à l’autre, sinon il risquera de poursuivre la tâche précédente.
Pour éviter les distractions, il serait préférable que la salle de classe soit toujours la même. Idéalement, l’enfant serait assis dans les premiers rangs, au milieu du groupe afin d’éviter les distractions, loin de la fenêtre et de la porte d’entrée de la classe. Dans certains cas, il sera nécessaire de ramener régulièrement l’enfant à sa tâche.

Il faudrait de plus prendre en compte la lenteur et la fatigabilité consécutives aux difficultés de l’élève en lui accordant du temps supplémentaire ou en réduisant la longueur du travail demandé. Certains enfants pourraient nécessiter une assistance à la vie scolaire ou la possibilité de faire des travaux en petits groupes. Un tuteur peut être proposé, par exemple pour aider l’enfant à tenir son cartable en ordre.
De manière générale, les codes de couleurs facilitent le travail scolaire.

Comment dépister ces problématiques?

La plupart du temps, ce sont les parents qui décident de consulter lorsqu’ils jugent que leur enfant a des troubles d’apprentissage ou de réussite dans son parcours scolaire, ou lorsque des commentaires leur viennent des enseignants.

« À cette étape, les parents ou les enseignants lèvent un drapeau signifiant que l’enfant a un trouble ou un déficit qui nuit à ses apprentissages. »

DreAnne Postel-Vinay, 2016

Dès les premières consultations, un entretien avec les parents ou les enseignants sera nécessaire. L’administration de questionnaires tels que le BRIEFfacilite la collecte de données et de renseignements sur les habitudes et les comportements de l’enfant. L’utilisation de questionnaires dans la phase du dépistage permet d’accélérer le processus, de l’objectiver et de réduire les coûts. Cela permet de faire une première analyse et de décider s’il faut aller plus loin dans le processus d’investigation et de diagnostic clinique.

Le temps pris par les rééducations pourrait empiéter sur le temps scolaire. 

L’enfant avec une dysfonction exécutive peut nécessiter un suivi par un psychologue, un orthopédagogue, un orthophoniste ou un psychothérapeute, en plus du suivi avec un médecin spécialiste de la maladie causant la dysfonction exécutive.

 

Découvrez des outils tels que le BRIEF, afin de bien diagnostiquer les troubles des fonctions exécutives, ou le PIFAM, pour vous aider à y remédier.

Pour plus d’information, contactez-nous.

Paul Goldman, CPA-CA MBA, éditeur

pg@irpcanada.com

514 382-3000

 

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